Harmonies
Au confluent de l’aube et de tes yeux,
Ton regard naissait,
Plus épais que la nuit,
Plus profond que la mer,
C’était
Un flamboiement muet,
Une ruche d’étoiles,
Une étoffe impalpable,
Un bleu sonore,
Jeté dans l’abîme du ciel…
***
Vers la floraison de ta voix
Un matin de printemps je me suis envolé
Sur mes deux ailes de silence.
Blotti contre ton corps
Longtemps j’ai butiné
Tes gestes
Ta lumière
Ton sourire aux saveurs de la Mer
Le pollen de ta peau.
Mais mon miel a été
Mauvais !
***
Comme il se faufilait entre les bouleaux,
Le vent se leva, transparent,
Impalpable,
Visage vide,
Et courut vers lui, chien fou,
Chant affamé…
***
Le sang,
Le blé,
Pourpre éblouie,
Vie éclaboussée…
***
Un vol de corbeaux a tendu
Entre les étoiles qui le clouent au ciel
Le voile superbe de la nuit
Que doucement agitent
Les vents stellaires.
***
Neige sur neige,
Jais sur jais,
Rien n’est moins libre
Que la chute…
***
Blessure blafarde,
Incandescence,
Soleil,
Là est le bleu,
Circulaire,
Ancien,
Profond jusqu’à la négritude,
Fleur aveuglée,
Robe,
Absence.
***
Dans le cristal noir de la nuit
Brille la voix des grillons,
Et les étoiles
Egrènent leur musique éparse.
***
Traversé par le Temps fluide,
L’espace tissé de fulgurances…
***
Tandis que,
Dans sa mensongère immobilité
Et dans sa poussiéreuse patience,
Le pont glisse sur l’eau,
Une femme, blanche magicienne,
Fleur inclinée,
Piège les ombres et les reflets
Au sein des vertes turbulences
Pour en retisser le fleuve
Par le seul charme
De ses yeux.
***
Sur la face bleue de l’abîme,
Jetée aux neiges,
Dévolue au Nord,
Rêvait un visage enfermé dans la pierre…
L’aigle l’effleurait de son ombre,
Un chamois roux s’y arrêtait,
Le temps d’un vertige.
***
Déchirant la nuit,
Tu parvins aux sources de l’aube.
Mais le ciel ne peut pas apaiser
Cette soif dont tu brûles.
***
Allant de pierre en pierre
Et d’aurore en aurore,
Il sut quand cessait le chemin
Car le pays naissait en lui…
***
Nuit,
Seule,
Soyeuse,
Rassemblée en son eau,
Cercle noir sur le front
D’une femme.
***
Il n’y avait que la mer,
Que le rêve du vent
Et, glissant sur la vague
L’ombre du goéland.
***
Vin ambré
Dans la coupe pleine,
Comme du serpent l’œil irisé
Au jardin d’Eden…
***
Ville d’Avray et Vaucresson,
Chanson,
Ballade,
Garches,
Marne la coquette,
Comme pétales de violette
Qu’effeuille le chemin
De fer,
Et puis Rueil et Saint Germain,
Chatou,
Nanterre l’Ancienne,
Lambeaux de lèpre
Dans le sillage
Du R.E.R
***
A la sertissure du soleil
Dans le ciel
Un oiseau jailli de son nid d’ombres
Chantait pour lui seul…
***
Envol de l’hirondelle,
Fleur dans l’herbe jaune,
Pleurs du nouveau-né,
Première parole,
Vent glissant sur l’eau,
Sagesse,
Harmonie du Monde.
***
La neige est au nord,
La neige,
Au sud est le vent,
Le vent.
Le feu est à l’est,
Le feu,
A l’ouest est la cendre,
La cendre.
Le ciel est autour,
Le ciel,
Au centre est mon âme,
Au centre.
***
L’horizon rouge cerne la steppe
A l’orée de la nuit,
Le vent emporte la forêt
Feuille par feuille,
Cime après cime.
Un peuple de chevaux bascule
A peine effleuré par le temps.
***
Ressac,
Turbulence étoilée,
Flux noir, encre jetée
Sur un océan de corbeaux.
L’aurore cligne,
Vois,
La mouette prend sa blancheur
Aux miroitements de la mer…
***
L’aurore irrigue
Les jardins suspendus
Du ciel
Que le soir descendu
Inondera des eaux de la nuit.
***
Il n’est pas d’océan
Qui ne se brise contre la terre,
De terre
Qui ne se rompe à l’horizon,
D’horizon
Qui ne s’abîme dans le ciel,
Mais la fleur reçoit la rosée,
L’oiseau chante dans les feuillages retrouvés
La parole peut s’évader dans le vent.
***
Un soir
Que ton rêve solitaire s’était embarqué vers l’aurore
Et que ton âme s’engloutissait dans l’eau du silence,
Tu vis disparaître les étoiles,
Et tu te demandas
Sur quelles rives désertes, quelles terres abandonnées,
Le ressac les déposerait.
***
Eau courbe,
Fleuve fatigué,
Tristesse de l’oiseau,
Exilé du haut pays…
***
Le feu allait l’amble sur la plaine,
La pluie déployait sa crinière
Sur l’encolure grise du vent,
L’oiseau survolait son chant,
Quand l’aile enluminée de la nuit
Effleura les blés frémissants.
***
Incendie glauque,
Tourment d’écume,
Aile irisée de la mer
Frileuse,
Sans repos,
Etrave claire,
Voile claquant sur la courbure,
Un bateau remonte le vent
Vers l’aube,
Vers la source.
***
Le vent s’est enfui au loin,
Le ciel s’est assoupi, silencieux et serein,
Au cœur de la nuit calme,
Le noir cristal du lac
S’étend comme un miroir où vivent les étoiles.
***
Il marchait vers le jeune soleil.
Sur le chemin,
Chaque brindille était une prière.
Une hirondelle
Vint effleurer sa tête
Tandis que dans le matin transi
S’éteignait la dernière étoile
***
Sous la lumière froide
Un filet d’algues
Enlace les voiles blessées du bateau,
Insecte bleu dans l’émeraude
Des hauts-fonds.
***
Dans le crépitement des grillons,
Le chant du feu s’est rassemblé
Sous la cendre
Où palpitent les braises.
Les ombres glissent
Sur le visage de l’enfant,
Les mains du vieillard,
Et les racines des arbres,
Tandis qu’un oiseau escalade le ciel
Et que le vent s’est tu.
***
Le soleil déferle sur les rives du matin,
L’herbe ondoie sur les prairies de l’aube,
Le Temps s’engloutit
Dans les sables du silence.
***
Pierre après pierre,
Gravier par gravier,
La montagne s’en va
Se dénude
Lentement,
Migre vers la mer
Dans le ruissellement du sable,
L’orage bref de l’avalanche,
La fuite éparpillée de l’eau.
***
Assiste impuissant
Devant le cristal éclaté
Au ruissellement du Temps
Entre les brèches du silence.
***
Couronné de fleurs et d’oiseaux
Le cerisier était si vieux
Que le vent l’avait oublié…
***
Tu t’en allais le long du vent,
L’ombre se glissait sous le soir,
L’aurore attendait le moment
De prendre à tes yeux leur miroir.
***
Une femme éparpillait
L’eau de la rivière.
Les saules agrippés à la berge
Retombaient sur l’été.
L’oiseau, de ses ailes blanches
Effaçait le ciel.
***
Déboisage
Fontainebleau, onze heures du mat’
Je me repose, j’ai mal aux pattes,
Au fond des sylves ténébreuses,
De mon arête rocheuse,
En cette randonnée joyeuse,
Le long des pentes giboyeuses,
J’ouis tout seul la chanson heureuse
Des massacres à la tronçonneuse…
***
Enfant diurne,
D’un gravier dans ta main
Renaît la montagne,
Et d’une feuille la forêt.
Ronde est ta voix,
En ton rêve s’éteint l’automne.
***
Etoffe changeante du chemin,
Sinueuse,
Souple ou rêche,
D’herbe mûre ou de pierre sèche,
Lorsque le vent
Se déplie sur tes froissements,
Un oiseau de frêle aventure
Pose sur toi
Sa chanson pure…
***
J’ai étayé
Mon oreiller
Avec le penne roide d’un bel oiseau
De lune
J’y ai posé ma tête
Parmi les galaxies
Puis j’ai fermé les yeux
Et
Ce matin
Un noir univers s’est formé
A mon insu
Dans la spirale turbulente
D’une pauvre tasse
De café.
***
Sur ma main s’est posé
Le vent duveteux,
Pleurant sa complainte transie ;
Sur les fleurs de la plaine
Se sont répandues
Les larmes de la rosée ;
Dans mes yeux tournés vers l’orient
La lumière du soleil a éclaté
Comme un fruit trop mûr ;
Mon rêve évadé de la nuit
A capturé l’univers ;
J’ai vu
Le ciel profond ensemencer la mer,
Les fleuves s’emparer de la pluie,
Les montagnes danser sur la terre aplanie,
Et la nuit, chassée par le rythme du temps,
Jeter en frissonnant
Mille poignées d’étoiles.
***
A l’angle de la plaine et du ciel,
Sous l’aile grise du vent,
Un pommier sauvage…
***
Il se tint,
Pierre en sa dure naissance,
Sur les lèvres de l’abîme,
A la césure du silence,
Appel plutôt que souffle,
Chant suspendu,
Au bord du ciel…
***
L’espace émerge de la nuit,
Ton regard affûte
Le fil ébloui de l’aube.
Loin,
L’oiseau retient son cri,
Tandis que la terre exhale
La première clameur des genêts.
***
La nuit toute neuve
S’est emparée du crépuscule
Pour modeler demain
Le visage d’une autre terre…
***
Chatons
Feu doré au fond des prunelles,
Pattes que le jeu entremêle,
Chatoiement des museaux calins,
Et dans leurs gestes de satin,
La caresse d’un souffle divin
Et l’humble vie qui étincelle…
***
Sec, âpre et sonore pays,
Aveuglé,
Jonché de pierres
Et parcouru d’oiseaux.
Eaux douces et amères,
Pareilles et dissemblables,
Qui vont et se défont
En transhumant vers le ciel…
***
Etoiles filantes,
Silencieuses,
Palpitantes,
Fleurs fugitives,
Lueurs obliques,
Semences du ciel.
***
Tu ignores le temps qui passe,
La lumière exaltant les blés,
La nuée bleue que le vent chasse
Le fétu que l’oiseau ramasse,
L’eau sur la pierre évaporée…
***
A toi seule, jeune étrangère,
Ce poème éclos de la mer
Et de la fuite d’un oiseau,
Des chemins multiples de l’eau
Et du silence de la pierre.
***
Sur les pommiers en fleurs
La coquille transparente
De la lune.
***
Affût du lynx sur la neige,
Immémoriale sauvagerie,
Patience de la Terre.
***
La fleur ensanglantée dans l’herbe du chemin,
L’oiseau gris sur une branche,
La pierre dans l’eau rapide du torrent,
Le feu qui flamboie et crépite,
La neige sur la neige,
L’aurore rayonnante embrasant l’horizon,
Le jaspe de la lune jeté dans le ciel noir,
L’étoile silencieuse,
Le crépuscule pâle,
Le vent égaré,
Ô joie, ô cœurs palpitants,
Ô prière du Monde…
***
Trois oiseaux naviguant vers le nord,
Trois oiseaux blancs,
Trois flèches empennées,
Trois ciseleurs d’azur,
Trois migrateurs d’argent,
Volent,
Etoiles passagères,
Vers un printemps revenu,
Là-bas,
Où la vie renaît,
Où l’aube recommence.
***
Le Temps creuse la nuit profonde,
Le vent laboure l’espace
Eclaboussé d’aurores,
Les grands voiliers s’en vont
Vers des rives secrètes
Où le silence
Berce les îles ensommeillées.
***
La lune roulait sa rondeur pâle
Sur l’échine bleue des collines,
Glissant son œil de glace claire
Entre les ombres
Et les multitudes du ciel.
Dans le tressaillement nocturne,
La voix du hibou bubulait…
Seule était la rivière
Dans sa dérive calme
Sous le ciel apaisé…
***
Au point du jour,
Sur la margelle de l’aurore
Les oiseaux
Font offrande de leur voix au ciel.
***
Quand, crinières dorées et triomphantes encolures,
Les chevaux du soleil
Ont disparu à l’horizon de la plaine embrasée,
Voici venir vers moi dans la clarté lunaire,
Robe étoilée et sabots silencieux,
Les chevaux de la nuit,
Que mon âme enfourchera.
***
Le ciel mêlé à l’océan,
Ses nuées confondues avec la terre,
Ô magie !
Le soleil transformé en fleur,
L’oiseau en prière,
Les âmes des morts
En regard des vivants.
***
Tout en bas,
La voix pure de la rivière
Jaillie d’entre les plis de la pierre
Bruissait à l’amont du jour.
***
Les roses dès matin occupées
A leur toilette de rosée
Ont défroissé leur peau vermeille,
Et s’ouvrent aux grappes d’abeilles.
En leur géométrie un peu folle,
Elles enroulent l’espace autour de leurs corolles
Et dénouent la conjuration des vents
Surgis des quatre horizons.
Le soir, dressées sur leurs tailles trop fines,
Elles agrippent le ciel au bout de leurs épines,
Comme des araignées qui déploieraient leur toile
Pour piéger les comètes et prendre les étoiles.
***
Ombres sorties du nid,
Du retrait rouge du Soleil
Naît la Terre vers l’ouest.
***
Que tes bois s’enracinent dans le ciel,
Que ton souffle s’abreuve au brame de la montagne,
Ô cerf rouge,
Toi dont la course sépare le vent,
Toi sur qui se referme la nuit.
***
Leve toi et marche





