Jeux

 

 

La journée de l’homme tronc blond

 

Tôt le matin,

Planté bien droit dans son jardin,

Rempli d’ardeur,

L’homme tronc bine…

 

Midi venu,

Pendu aux cordes de la cloche,

Plein de ferveur,

L’homme tronc sonne…

 

La nuit tombée,

Dans les draps de son lit douillet,

Ivre d’odeurs,

L’homme tronc pète…

 

***

 

Rêve

 

A la lisière de mes yeux

Lassés

Je regarde passer

Les lions rigolards, les girafes

Cassées,

Les crocodiles crus, les gazelles

Rouillées,

Les hyperpotames dans leurs hyposouliers

Les gorilles en godille, les bécasses

En godasses,

Quelques otorhino féroces,

Les boas constructeurs, les serpents à roulettes

Et les pythons à l’huile

Vérifiant leur niveau tous les deux ou trois mètres

Et de belles antilopes aux yeux Walt Disney

En porte-jarretelles

Et bas résille,

Et puis tant d’autres merveilles…

Alors au balcon de ma vue mirifique

Tournant page après page,

Tableau après tableau,

Mes visions fantastiques,

De bon naturaliste psychotique,

Je regarde défiler en lente procession,

Se tenant par la trompe avec de grands barrissements,

La classification périodique

Des éléphants…

 

***

 

Tête têtue, tu t’aventures

Dans le créneau d’un cri crochu,

Très vivement tu t’évapores

Du cœur creux d’un gros Dieu grondeur,

Douceatrement tu prendras peur

Du grappillement qui grésille,

Fille sans cœur…

 

***

 

J’ai vu le faucon fondre hier

Sur un pauvre lapin peureux

Tapi dans la fondrière…

 

***

 

BDAL blues

 

Dans les vils bidons

De son bidonville

Il nourrit l’espoir futile

D’avoir un logement

Propre, neuf et bien beau

Juste un petit studio

Pas trop loin du métro.

Quoi ! lui répondit-on,

Moins d’un an dans ton bidon ?

Sans femme et sans lardon ?

Tu veux rire bonhomme,

Faut pas demander trop,

Non Prio, non Prio !!

Allez, Turbigo home !!!

 

***

 

Loin devant Attila

Et Caligula,

Voilà venir Dracula,

Père des anti-coagulants.

Là où passe

Sa dent rapace

Le globule pourpre trépasse,

La veine ne repousse pas.

Avant ses repas,

Il n’oublie jamais sa prière,

Le Benedicite en Russe,

En l’honneur du Seigneur Rhésus.

Mine de rien,

C’est un grand politicien,

Leader du Parti Hématique

Et de ses groupes sanguins,

Le cœur à gauche,

Les canines à droite.

Spéculum en main,

Féru de spéculations,

Il suit le cours de ses actions

A la Bourse du sang.

Puis il va faire la java

En pintant sur les bons bourgeois,

Et en chantant « ça creuse les enterrements. »

Ah ! Vraiment, c’est un bon Mort-Vivant !

 

***

 

Museau vinaigrette

 

T’es affligée d’un museau vinaigrette

Ma triste triste

Pauvre bête.

Plus rien pour décorer

Ton muffle étonné

Et tes pieds panés,

Plus rien pour troubler

Ton sommeil comestible,

Sauf le papier d’argent

Où traîne ton regard absent

Et le persil flétri

Dans tes oreilles rosies.

 

***

 

Géographe sourcier

 

Il stoppa sa voiture

Et se dirigea d’un pas très sûr

Vers le plus proche buisson

En saisissant son sextant.

S’étant mis en devoir d’irriguer

Le méridien de Greenwich,

Il remarqua que le jet

Souffrait d’un léger décalage horaire

Sans doute d’origine hébraïque

Ou peut-être magnétique.

Secouant sa petite tête

En pensant à cette énigme

Méridienne,

Il reprit tranquillement

Le chemin de l’I.G.N.

 

***

 

Pierre,

Surprise,

Somnolente

Dans le lit du chemin,

Ronde,

Entière,

Douce comme la peau d’une femme,

Plus légère qu’un oiseau sauvage…

 

***

 

Mi dit

Mi nuit

Ne dire qu’à moitié

Ne nuire qu’à demi

 

Mais dire

des mots d’Elle

des maux d’Elle

des maux d’ailes

des mots d’ailes

des modèles

Médire

 

les mots dits

Modérer les maux dits

les maudits

 

***

 

Le jour de nonos

 

Le jour de notre mariage,

Waf waf !

Quel beau sermon,

De bon ton,

Nous a fait,

Bon technicien du sacré,

Le pauvre petit curé

Monté en chaire

Et en noces.

Waf waf !

 

***

 

Étron ne pas être

 

Pas d’bol alimentaire

C’est élémentaire

Pas d’bol fécal

C’est normal

Pas de coliques frénétiques

Ni de diarrhées démocratiques

Pour parler

Une langue musquée

Pas d’étrons

Ni de troènes

Ni d’étrennes étrons

Pas d’ordures

Pas d’élus

Par d’électrons

Pas de mouches amères

Pas d’pot pour les Parigots

Il leur faudra se torcher

Avec la Presse populaire

Ou alimentaire (au choix).

 

***

 

Crasses en tout genre

 

La démocratie aux démo crasseux,

La bureaucratie

Aux bureaux crasseux,

La technocratie aux techno crasseux,

La phallocratie

Aux zozos dégueux,

La gérontocratie aux sénateurs gâteux,

L’aristocratie

Aux barons d’mes deux,

La cocoricocratie

Aux retraités aux flambeaux,

Aux mangeurs de plomb, aux bouffeurs de feu,

Aux receveurs de billes d’acier bleu

En pleine gueule,

Aux buveurs de grogs

Au napalm,

La cléricocratie aux credos crados,

La thalassothérapie

Qu’est-ce que je vais en dire de celle là ?

La déconnocratie à tous,

Tous à la toilette funéraire

Après la douche nucléaire.

 

***

 

Le gavial orthodonte

 

Fuseau ensommeillé dans le berceau des algues,

Crocodile, long crétin dentelé,

Cauchemar de dentistes en chômage,

Enseigne aurifiée des mastodontes,

Géologie somnolante de mines dentifères,

Sur canines d’émail

Incisées dans des chairs aquatiques,

Reptiliennes et gâtées pourries,

Bêtes du "j’ai vos dents",

Vide qui suppure,

Plaie du Temps,

Fraise qui tourne et tourne,

- Oui ! Et pourtant elle tourne ! -

Creusant la molaire galiléenne,

Evidant les chicots des vieux volcans,

Lave et bave,

Fusion…

 

***

 

Histoire d’un citoyen

Soumis à la question extraordinaire :

« Vous voulez que j’vous les chauffe ? »

Etait-ce dans un camp de torture au Chili,

Un goulag en Sibérie,

Ou professionnellement

Dans un bordel rue Saint Denis ?

Eh bien non !

C’était, plus banalement

Dans une boulangerie

Rue des Archives,

La question innocente

De la commerçante,

A l’heure furtive

Des faims expéditives.

 

***

 

Il est camé Léon

Disait son dealer condamné

A perdre ses meilleurs

Clients.

Hélas, le voila cané,

Léon,

Cané Léon !

Comme c’est triste !

 

***

 

L’Everest avec une glace,

L’Everest avec des palmes,

L’Everest avec un masque,

L’Everest avec un tubard,

Rheûh arheûh !!

L’Everest avec

Ou sans oxygène,

L’Everest avec un os qui tend

Ou sans os qui gêne,

Vous trouverez ici un grand choix

De formules ascensionnelles…

 

***

 

Brutal récital

Ou les origines de la pensée

Cognitive (cognes plus fort, que je voie la LUMIERE)

Car ça soulage de savoir qu’il fut un âge où le pouvoir, son exercice et ses effets étaient à l‘aut’ bout du Pavé

et Tonk !

 

Ex silex

Leste silex

Silex aussi tu abandonnes

Ta paume trapue

Pour voler vers un crâne

Plus velu que le mien,

Obtus non moins,

Pour en tirer

Avec virtuosité

Une percussion majeure en ut

Et en uppercut,

But !

J’en ai du vague à l’âme,

Dit le quadrumane mélomane

Sous le coup

De la plus belle des musiques

Epipaléolithiques…

 

TÔNK !!!

 

Yé yé YETI

Vivement la LITHOGARCHIE MILITAIRE !

 

***

 

Tauromachie diététique

 

Taureaux, braves taureaux, mâchez

"toréador"

La gomme qui rend fort

Le taureau pas encore

Mort,

Pas cette fois encore,

Mâchez taureaux,

Taureaux mâchez

"Brave toréador"

Et vous verrez alors

Qu’en cornet

C’est mejor…

 

***

 

Désamour

(Amour, tu perds les pétales…)

 

Je ne t’aime plus,

Encore un peu,

Un peu,

Un tout petit peu,

Plus du tout,

En fait,

Maintenant je te hais

A la folie,

 

Amour de désaveu,

Aveu de désamour,

Ah ! Des aveux d’amour !

 

***

 

Gardarem tout

 

J’ai pris le train

Comme un crétin,

Et le métro

Comme un salaud,

J’ai pris le bus

Comme un gugusse,

J’ai pris le car

Comme un loubard,

J’ai pris l’avion

Comme un gros con,

Et le RER

Comme un prolétaire,

Et pour rester dans le coup

J’ai pris mes jambes à mon cou.

Comme Saint Jacques de Compostelle

J’ai pris mon bourricot de selle,

Son avoine

Et son habit qui fait le moine,

Le substantifique moine.

Et puis, marre et marre, ras l’bol !

C’en est assez !

Avec mon sac et mon barda

J’ai pris la route de la soie,

Avec marchandises et chameaux

Et des cadeaux

Made in Japan.

Puis ayant fait le plein d’épices,

De kilomètres de réglisse,

Au détour d’une verte oasis

J’ai chopé le mal du pays.

Pour rentrer j’ai pris un taxi

Sans un radis,

C’était pas le paradis.

Enfin arrivé

Je me suis senti enfin prêt

A prendre mon vélo,

Mais le fiston de Dieu l’avait volé

Pour partir en vacances

Avec des valises bourrées

De transcendance.

Alors là j’ai gueulé : mon vélo, mon vélo !

Amen le moi !

Seigneur des saligauds,

Descends si t’es un homme,

Comme tu le prétends,

Descends comme il y a deux mille ans,

J’arrangerai ton image,

Espèce d’icône,

Je te ferai bouffer la terre

A la prochaine re-création,

Tu répandras le fruit de tes entrailles

Et tu marcheras sur tes os !!

Mais il n’a pas entendu,

Il n’était pas là

Pour cause d’inexistence

Ou en congé d’éternité…

Alors comme Ulysse

Après un grand voyage,

J’en ai pris mon parti,

J’ai pris cela avec ceci,

Tout ce que j’ai pu, quoi !

Seulement avec tout ça

Qui s’entassait chez moi,

J’pouvais plus bouger,

Pas même allonger une jambe

Ou remuer un pied.

Ne pouvant plus rien prendre,

Je suis sorti pour prendre l’air,

Et c’est la porte que j’ai prise,

Sur la gueule,

Avec une sacrée surprise,

Horreur !!!

Un mec gonflé, un gars très fort

Avait piqué

Tout le DEHORS !!!???

 

 

 

***

 

Au commencement

Les chiens aboyaient

Car l’Esprit planait sur les os,

Plus tard il a carrément marché dessus,

Sous forme humaine me suis-je laissé dire,

Avant de se comporter comme en pays créé,

A rompre

Notre pain,

A boire notre vin.

Il prétend avoir tout fabriqué,

Les animaux les hommes

Les géants et les nains

L’espace et puis le temps

Le soleil et le vent

Le creux comme le plein

Le ciel contre la terre

Les volcans sous la mer

Toutes sortes de choses

Roses à épine et digitales

L’aurore boréale

Le pneu transcendantal

Le nez et le Népal

Les forêts les plateaux

Les plaques continentales

Nos mains et même nos cerveaux

Rigolo va !

 

***

 

Je n’étais qu’un simple singe

Nourri à la mamelle

De l’arbre de l’évolution

Et un jour des origines

Un jour où je m’emmerdais

Au fin fond de ma forêt

Vraiment

J’en ai eu assez

Un matin qu’il faisait beau

Il m’est poussé un cerveau

Nouveau…

Le cerveau nouveau est arrivé !

La Pensée a fleuri

Sous la serre torride de ma boite

Crânienne

Et dans ma bouche incertaine

La parole a poussé et fructifié

Mes mains ont bourgeonné de silex

Et de brindilles d’os

Et braillant comme un âne

Les pieds dans mes savanes

Je me suis avancé

Dans la temporalité

Courant vers mes désirs géants

Cours primate !

Bourre couillon !

Entre dans la danse

Ça te fera les pieds

Ça te fera une belle jambe

Arquée

Equipée dernier cri pour station verticale :

« Camarade

Prosimien !

Du haut de cette massue

Quarante millions de siècles échus

De cogne pulsionnelle

De grogne obsessionnelle

Contemplent ta microcéphalité

Tout aussi con que génitale

Si tu tiens à ton occipital

Ne reste pas dans l’ombre

De celui qui peut taper

Plus vite que la sienne… »

J’ai filé comme une flèche

Sur la pointe des ans

Guidé par l’empennage quadruple

Des saisons

Du calme ! Y a pas le feu

Pas encore le feu chez moi

On verra plus tard

Je m’en occuperai

Quand j’en aurai envie

Faut pas me bousculer

On peut pas toujours

Inventer

Il y a un temps pour tout

Faut chasser – faut bouffer – faut baiser

C’est logique

Faut vivre son temps

Géologique

Car ce temps que vous nommez

Lithique

Car tout ce temps perdu

Proustopithèque

C’est vous mes descendants

C’est vous les pauvres cons qui l’aurez

Dans l’cul !!!

Waf waf waf

 

***

 

Il les nargue il les nargue il les…

 

Du mou dans le flexible,

L’embout de corne bien calé dans sa bouche,

Le souffle égal et délié,

A petites foulées aspirantes-refoulantes,

Il passa devant les locaux

De la brigade des stups.

Dans son sillage odorant

Les passants se retournaient

Pour cueillir à la dérobée

Quelques enivrantes bouffées

D’Afghan ou de Népalais.

Cours, baba, cours !

Regarde les courir

Les obsédés du Chaix,

Les visionnaires

D’horaires,

Les dealers de kilomètres :

« Y a pas bon LSD,

Nous on veut du RER, du TGV,

C’est plus speed, ça fonce,

Un p’tit déraillement à deux cent trente à l’heure,

C’est la super-défonce ! »

Ne te retourne pas,

La meute est là,

Qu’ils aillent

Se faire électrifier…

 

***

 

Le sable et le roupillon

 

Le long des côtes souillées

Et des plages tristes de maman Méditerranée,

Vautrant leurs chairs flasques

Et leurs dos bronzés,

Près de leurs transistors

Sous l’œil de leurs bagnoles

Sagement parquées,

Ils viennent par millions

Au grand pèlerinage

De cette nouvelle religion,

Adorateurs du sable

Et sectateurs du roupillon.

 

***

 

Lacan boudin

 

Considérant

Que l’attachement à la propriété

Procède d’une fixation anale inconsciente

Dans une dialectique

Partenaire – objet,

Maître – esclave,

Possédant – possédé (Maman popo !),

Gendarme – voleur,

Dedans – dehors,

Introjection – déjection,

Rétention – rejet,

On peut affirmer la proposition :

COPRORIETE = COPRO – PRIETE.

De quoi on déduit

Que la propriété n’est pas un bien

PROPRE.

Comme le dit le proverbe chinois inconnu :

« Il vaut mieux AVOIR une propriété privée

Qu’ÊTRE privé de propriété. »,

On se trouve ainsi ramené

A l’interrogation existentielle

"To be or not to be"

Mieux connue chez les scientifiques

comme incertitude quantique

Du CACA ou du BOUDIN.

 

***