Provoc

 

 

 

 

Genèse

 

Ça crie"Père"

Ça crie"Fils"

Ça crie

"Saint Esprit"

Ça crie, ça tire

Et ça crie"Pan"

Après la création

Ça aimerait une récréation

Avant que ça recrée

Ça aimerait souffler un peu

Et se croiser les bras

Mais ça s’peut pas

Sur la croix…

 

***

 

Allez !

Laissez tomber !

Intellectruands à tête de bétel,

Intellectuels à tête de béton,

Intellects de fantassins fantastiques,

Armés,

Bal aux nulles canettes,

Bail honnête en canule,

De baïonnettes aux canons.

 

***

 

Gîte d’étape

(Auberge de jaunisse, Ministère de la jaunisse et des spores)

 

Amateur de grand air, de nature et de randonnées, je me suis arrêté quelque temps en ce merveilleux gîte de tapes amicales, La maison de santé de Bellevue, qui mérite si bien son nom, villégiature obligée avant de reprendre l’air rance et la balade mentale.

 

***

 

La balade du convoyeur

 

Oyez bonnes gens la triste histoire

D’un pauvre convoyeur de fonds

Qu’on voyait convoyer

De beaux billets tout neufs

Et des sacs de sous

Sous l’œil borgne

De son arme.

Chaque jour

En bon berger des plus values

Il menait en transhumance

Des manades de quittances

Des moutonnements de billets

Des troupeaux nomades de monnaie,

Fruit de l’errance

Entre banques et supermarchés.

N’imaginez rien d’autre, ni braquages ni rêves,

Car c’est ainsi que s’achève

Cette pauvre histoire d’un pauvre con

Voyeur de fonds

Qui sa vie

Durant escorta

Le cheptel gras

Et jamais n’en vit

La couleur,

Sauf peut-être le gris acier

D’une balle anonymement

A lui destinée.

 

***

 

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Tu sais, en face,

Sous nos pavés,

Ils ont souffert…

Lacrymogènes, la gêne, la haine !

Et ça annonce la gégène…

Dresse un gorille pour les manifs,

Ça vous étrille, çà met en vrille

Ça fend les pifs,

Que dire des pafs ?

Flic ? Couic !

Faf ? Baffes !

C’est vraiment chouette une épitaphe…

 

***

 

Shoot !

 

J’ai shooté un ballon

D’oxygène

Volé aux fumées de la ville

Le temps d’un souffle je l’ai dribblé

Vers mes narines

Ecarquillées

Et projeté à mes poumons

But !

Entre les cheminées d’usine

J’ai traîné mon regard boueux

Dans la lumière venimeuse

Sous les tentures de poussière

Suspendues aux coins

Des rues !

Et le vent accablé

A glissé sur les facettes

Des tours immobiles,

Epinglées, insectes pris dans les fils

De leurs toiles d’araignée.

 

***

 

Complainte de Lélian sans abri

 

Bien seul tu noyais dans l’absinthe

Ton désespoir qu’était si grand,

Tu cassais ton appartement,

Triste, à arracher des plinthes,

T’étais le Bernard Palissy

Des maux d’amour, mais c’est fini,

Car de mobilier tu n’as plus,

Maintenant t’es à la rue…

 

***

 

Hôpital psychiatrique

 

Affaire de phonétique

Ou de casuistique,

Dans l’hôstal sychiatrique,

Y’a qu’un accent aiguisé

Entre internes et internés.

 

***

 

Toi qui à la fois

Mets et pièges les mots passant le seuil

De ma bouche,

Toi qui joues sur mes cordes

Vocales,

Me diras-tu

Pourquoi

Dans les traités de devoir-vivre,

De savoir-vivre

Ou survivre

Jamais n’est évoqué

Ce point de protocole

Si drôle,

Paradoxal et oral,

Qui voudrait m’obliger

A ne pas parler

La bouche pleine

De paroles.

 

***

 

La Papète dévorante

 

Pour qui

Pourquoi ronronne

Et roule la machine

Pour qui souffle-t-elle

Son haleine chlorhydrique et kraftée

Sa sueur soufrée ?

Vers quelle proie se tend,

Quel appétit étire

Tire

Retire

Enroule

Sa longue langue

De caméléon mécanique ?

C’est la dernière née

Des amours mimétiques

De la poufiasse technologique

Et du capital grassouillet.

Ça sert à rien,

Peut-être aux prolétariens,

En tout cas pas à grand-chose

D’autre qu’à entretenir leur couperose

Leurs oreilles poussiéreuses et polluées,

Même ramonées.

Avec leurs intérieurs réchauffés

Au viandox offert

Chaque hiver

Par la direction

En mal de désintox.

Il y a les délégués

Le tabac

Le Ricard

Les mouchards

Les petits chefs

Les grands chefs

Et la machine qui roule,

Roule – roule

Ronronne

Agite ses pistons

Ses bidules brillants et ses machins bizarres

Ses feutres coucheurs couchés

Ses feutres sécheurs bien léchés

Ses ingénieurs à leurs heures

Eclectiques.

Marrant non ?

Elle s’arc-boute et fait le gros dos

S’avance sur sa toile de cuivre

Se bloque entre ses étais

Rue de ses sabots

De freinage

Expire ses remugles et éjecte ses vomissures

Rumine les forêts qu’on lui jette

Les digère

Sans mauvaise conscience écologique

Ou alimentaire

Et s’étale ventre à l’air

Devant des nuées d’ouvriers

Des cohortes

De chefaillons – cloportes

Directeurs de ci

Responsables de ça

Ajusteurs et brasseurs de monc’

Arrivistes pas encore arrivés

Et Moi

Pauvre égaré

Dans des entrepôts

De bobines empilées

Sous un ciel d’agglomérés

Pourchassé par des fennouiks

Aux mâchoires de tungstène

Croisés de mytho – préhisto

Riques

Montés par des cornacs émigrés

Centaures du SMIG

Il ne me reste plus qu’à prier :

« Très Saint Père

Et Associés

Seigneur de la Sécurité

Ne me laissez pas succomber

Aux succions tractions dérilictions

Pas amènes

Amen.

 

***

 

Le rap d’Estelle

 

Je flânais en flanelle

Porte de la Chapelle

Arpentant les ruelles

Au milieu des poubelles

Feuilletant mon missel

Parmi les vermicelles

Les débris de vaisselle

Les paquets de gros sel

Tartinant du bridel

Sur un bout de ficelle

Mâchant du caramel

Sifflant une ritournelle

De cent vingt décibels

La vie était si belle

Je me sentais des ailes

Dans une chambre d’hôtel

Vous fâchez pas Estelle

Ma gente demoiselle

Ma douce tourterelle

Ne soyez pas cruelle…

 

***

 

Clair comme mille soleils

 

Votons en masse critique

La radiation

Des centrales atomiques

Déposez vos bulletins,

Dévotes !

Ailleurs que dans l’urne 235

Ou 238.

Pour calorifères

Nous n’avons pas besoin

Des chaufferettes nucléaires.

Eternels tondus,

Cheptel

Sur cette terre

De missiles dominiciles

Et homicides

Battus de neutrons monstrueux

Et démographiques

Engueulés

Dans les gueules

Des canons et des famines

Avec des chairs accrochées

Et dérisoires

Sur des os

Assez

On est assez

Nous les entassés

Et les multipliés,

On veut croître

Autrement qu’en chancres et en goitres

Nous les irresponsables

Les sous-développés, les blêmes,

Les bidonvillageois,

Les handicapés du chromosome,

Les visages amovibles et médiatisés,

Assez d’ordures

Dans l’œil noir de notre café,

On descendra pas dans la rue

Parce qu’on y est déjà,

On aimerait bien

Tenir les généraux en laisse

Pas pour les pendre

Mais pour leur faire faire pipi

Le long des trottoirs

Et puis les caresser dans le sens du poil,

Et les syndiquer en masse

A la SPA.

En attendant

Il nous reste les plages hydrocarburées,

Les sous-bois enchiés,

Les sols chimiques,

Les fleuves gonflés

Comme des ventres mal nourris.

Nous les rescapés

Pourrons-nous,

Dans la débâcle des siècles liquéfiés

Récupérer des petits morceaux

Du temps

Où on était des martyrs,

Des assassins

Ou des moins que rien,

Petit peuple d’un monde

Volé.

 

***